Analyses Critiques

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A qui profite le Franc CFA ?


Si le franc Cfa persiste encore dans les « néo-colonies » africaines, c’est qu’il profite à des personnes. La France souhaite que cette zone franc reste et les pays africains ne semblent pas vouloir qu’elle cesse d’exister. Malgré les travaux de Joseph T. Pouemi et de Nicolas Agbohou, qui montre que non seulement le franc cfa est un outil de domination, mais en plus freine les possibilités de développement, rien ne bouge et une conspiration du silence semble peser sur «  l’affaire CFA ».

 

Peut-on parler « d’affaire F Cfa » et de conspiration du silence autour de la monnaie française d’Afrique ? En 1979, Joseph T. Poemi montra que le Fcfa était un frein au développement des pays africains membres de la zone franc, de par sa nature et ses principes. A sa suite, Nicolas Agbohou en fera de même 20 ans plus tard. Beaucoup d’autres économistes emboiteront leurs pas notamment Mamadou Coulibaly, président de l’Assemblée nationale de la Côte d’ivoire et Kako Nubukpo consultant à l’Uemoa qui demande même à la France de restituer le montant stocké dans le compte d’opération. Cette insistance de ces économistes s’explique par un fait : le franc Cfa ne permet pas aux pays membres de la zone  franc de se développer, pire, elle prolonge et maintient la domination de la néo-métropole sur la néo-colonie. Mais, rien. Le FCFA semble un tabou aujourd’hui et personnes n’en parle. Même pas dans nos conférences nationales sur l’économie.

Au-delà de toute idéologie, cette approche de la question du Franc Cfa repose sur des bases objectives et solides. Et ce n’est pas non plus, l’expression d’une frustration de dominés vis-à-vis du dominant, mais plutôt, le constat historique qui voudrait que nul ne peut se développer et s’épanouir sous la coupe d’un autre, surtout pas de  l’ancien bourreau.

La nature du Franc Cfa

Le franc Cfa est une sous-monnaie du Franc Français hier et depuis 2002 de l’Euro. Cette monnaie n’est qu’une monnaie de colonie qui ne circule qu’à l’intérieur des pays qui l’utilise. Et sa valeur externe, hors France et depuis 2002, hors Union Européenne dépend de la valeur de l’euro sur le marché des changes.

Les avantages supposés du Franc Cfa

Selon les défenseurs de cette  monnaie française d’Afrique, l’euro, en garantissant la convertibilité du FCFA sur le plan international, le rend stable, facilitant les échanges commerciaux intra-zones et extra-zones et assurant aux pays africains, la confiance des investisseurs  étrangers.

Cette idée résiste-t-elle à l’analyse objective des faits ?

Par le mécanisme du compte d’opération, les pays africains sont tenus de déposer 50% de leurs avoirs extérieurs (devises et or) dans un compte ouvert dans le trésor français. Cette somme qui est déposée dans le trésor français sert à financer naturellement le déficit de leur balance de paiement. Ce qui signifie donc que la France arrive à se procurer des devises issues de la zone franc pour protéger sa monnaie contre les risques de dépréciation du franc français hier et aujourd’hui de l’euro. Autrement dit, c’est le Franc Cfa qui a garanti le Franc français contre la dépréciation et non le contraire. Ensuite, la garantie du Fcfa par le franc Français (bien avant l’euro) est un leurre et une arnaque. Sinon, la France aurait dû combler le déficit de 1993 et empêcher la dévaluation de 1994 ; ce qui n’a pas été le cas.

Aussi, l’on nous parle de stabilité du Fcfa. Par rapport à quelle monnaie est-elle stable ? Ce n’est certainement pas le dollar, ou le yen ou le yuan. Car à partir du moment où l’euro fluctue en fonction de ces monnaies, le franc Cfa fluctue en fonction de ces monnaies ! Le CFA n’est stable qu’avec l’euro et rien du tout. Ce faisant, le F Cfa se déprécie avec l’euro et s’apprécie avec cette dernière. Et comme les échanges commerciaux et la dette sont libellés en dollar, cela signifie que les fluctuations du dollar en fonction de l’euro ont un impact sur nos exportations, nos importations hors UE et la dette.  Alors où se trouve la stabilité de notre monnaie ? Supposons que le Burkina exporte du coton pour 3000 millions de dollar US. Si le taux de change entre l’euro et le dollar est de 1 (c’est-à-dire 1 euro=1 dollar) alors, les revenus des exportations de coton seront égaux à 3000 millions d’euros. Maintenant, supposons qu’au moment du paiement des 3000 millions de dollars, 1euro = 1,5 dollars US, il s’ensuit que les revenus d’exportation seront de 2000 millions d’euro (3000/1,5) après conversion. Ce qui signifie que l’appréciation de l’euro a fait perdre simplement 1000 millions d’euro à l’économie burkinabè. Et s’il faut soustraire les 50% à déposer dans le compte d’opération, nous nous rendons compte que suite aux effets combinés de la surévaluation de l’euro par rapport au dollar et du respect du principe fondateur de la zone franc (compte d’opération), les revenus d’exportations du Burkina passeront de 3000 millions d’euro à 1000 millions d’euro, soit une perte sèche de 2000 millions d’euro. Dans cette situation donc, le Burkina aura du mal à régler ses factures et fera donc face à des déficits de sa balance de paiement. Cette situation est structurelle et non conjoncturelle. Or c’est justement cette situation qui conduit à des dévaluations successives du Francs Cfa.  Les autorités monétaires ne voudront jamais laisser planer le spectre de la dévaluation, car la perte de confiance au Cfa pourrait précipiter sa dévaluation. Mais les autorités savent de toutes les façons que la dévaluation n’est qu’une question de temps et se poursuivra tant que nous persisterons à rester dans cette zone franc qui ne profite qu’aux occidentaux.

En ce qui concerne le développement du commerce intra-zones, il faut rappeler que depuis 1993, la convertibilité n’est plus illimitée entre les FCfa de la BCEAO et ceux de la BEAC. Cela signifie que nos compatriotes africains du Congo ou du Gabon qui viennent au Burkina par exemple ne peuvent pas librement convertir leur CFA. D’ailleurs, les difficultés liées à la conversion de ces billets BEAC et billets BCEAO traduit l’irresponsabilité criarde de nos responsables. La seule convertibilité existante est celle qui lie BCEAO et France (UE aujourd’hui) et BEAC et France (UE aujourd’hui). La conséquence immédiate, c’est que les échanges entre pays africains sont faibles alors que celles vers la France et l’UE sont très élevées !  De toutes les façons les accords économiques à l’aube des indépendances donnait le monopole des échanges de la zone franc à la France (achat comme vente).

Pour ce qui concerne la libre transférabilité des capitaux. Cela devait semble-t-il permettre d’attirer les Investissements directs à l’Etranger (IDE), chose propice au développement des pays africains ! Rappelons que la Tunisie ne fait pas partie de la zone franc depuis 1958, mais les IDE de la France dans ce pays est le plus élevé en Afrique, selon Nicolas Agbohou. La libre transférabilité, combinée à la convertibilité illimitée du Franc CFA permet aux industriels occidentaux et les banques commerciales (filiales des grandes banques commerciales occidentales) de facilement rapatrier leur surprofit dans les maisons mères en occident. Conséquence, ce sont les hommes d’affaires occidentaux et les citoyens occidentaux qui profitent du travail des agents économiques africains.

Il est aussi important de comprendre un fait : la France ne débourse pas un rond quand elle achète nos produits. Elle crédite juste le compte d’opération en France. En effet, selon Bwenba Bong, quand les achats portent sur des produits en dehors de la zone, les pays africains paient en prélevant dans le compte d’opération. « Mais quand les achats portent sur des produits  français, la France opère un prélèvement en contrepartie sur le compte d’opération d’un pays concerné. En clair, cela signifie que les pays africains paient avec leurs réserves monétaires extérieures. Alors que si c’est la France par contre qui achète aux pays africains, elle inscrit tout simplement le montant dû au crédit du compte d’opération de ceux-ci, réglant ainsi sa dette en francs français. Elle ne paie donc pas avec ses réserves d’or et de devises. De cette façon, les opérations d’achat-ventes qui impliquent la France et ses vassaux africains de la zone franc, lui permettent de leur pomper des réserves extérieures dont elle a besoin pour son développement, en se gardant d’utiliser les siennes. »

Que retenir ?

Après avoir montré que le Cfa est une monnaie coloniale, car perpétuant la domination monétaire de la France sur quinze (15) pays africains, à travers le contrôle de la Banque centrale, l’article présent montre que la France a des raisons valables de le faire car c’est dans son intérêt. A travers les principes fondateurs de la zone franc (parité fixe, libre convertibilité, compte d’opération et libre transférabilité) la France trouve sur terre un endroit où elle peut employer, sans les payer, des travailleurs pour produire des matières premières gratuites pour elles ; un endroit où elle peut mobiliser les devises nécessaires pour faire face à ses problèmes de développement (en finançant le déséquilibre de sa balance de paiement). En outre, la politique de monnaie forte qui impose aux pays de l’Europe un taux de croissance ne devant pas dépasser les 3% et des taux d’intérêts élevés a pour conséquence de créer le chômage dans les pays africains qui utilisent la sous-monnaie de l’euro. La surévaluation du franc cfa qui résulte de la politique de monnaie forte de l’Europe, renchérit les exportations des pays africains comparativement à ses concurrents d’Asie, creusant le déficit de la balance commerciales et bloquant les échanges SUD-SUD.

Aussi, il faut remarquer que cette politique de punition appliquée par la France sur les pays africains de la zone franc, lui avait été appliquée par les allemands du Führer Adolf Hitler quand la France tomba sous domination allemande. C’est qui fait dire à Nicolas Agbohou, que la France applique du « nazisme monétaire » sur les économies africaines. Les faits sont là, et la réalité est cruelle. Mais nous estimons qu’il faut que les hommes politiques prennent le destin de l’Afrique en main, pour s’assurer que les milliers de populations africaines sortent de la pauvreté et ne soit pas obligés de se faire humilier dans des pays qui sont responsables de leur misère. Aucune politique n’est sure à priori. C’est en prenant des risques qu’on arrive à créer et à trouver une formule qui sied à notre avenir. Cessons de demander aux autres de penser à notre place et pensons, réfléchissons pour sortir notre mère Afrique de cette misère. Ce n’est pas une option facultative, c’est un impératif. Cette libération totale n’est possible qu’à l’échelle de tous les pays, pris ensemble. C’est-à-dire dans un cadre fédéral. Cela permettra de protéger nos économies contre une tentative de déstabilisation comme ce fut le cas au Mali et en Guinée où la France fabriqua de faux billets qu’elle injecta dans l’économie comme en fait foi cette confession( ?) de Marcel le Roy, cité par Bwenba Bong « nous avons appris que la Guinée voulait de toute façon quitter la zone franc, créer sa propre monnaie…Nous allons nous procurer des billets de la nouvelle monnaie guinéenne. Dans l’imprimerie ultra-secrete de la Piscine (Nom du siège des services de renseignements français),… et nous inonderons le marché guinéen ». Sortir de la zone franc est un défi grand à relever que dans le cadre de l’unité : en dehors du fédéralisme, l’Afrique ne sera pas viable.

 

Sources :

  1. Nicolas Agbohou, le franc Cfa et l’euro contre l’Afrique, Ed. Solidarité mondiale, 1999
  2.  Bwemba Bong, réflexion sur une philosophie africaine de la libération : la nécessité de la création d’une zone monétaire africaine. 12 Mars 1994
  3.  Bamba N’Galadjo Lamber, enjeux des reformes en cours de la BCEAO et de l’UEMOA, E.N°123, septembre 2005.
  4.  www.banquedefrance.org

 

             

 



06/10/2011
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