Analyses Critiques

Analyses Critiques

Pour que l'afrique renaisse!

Et l’Afrique veut… renaître !

Il serait suicidaire aujourd’hui de faire l’économie d’une analyse profonde des problèmes que connait l’Afrique, si nous voulons une Afrique forte pour les générations futures. L’analyse des problèmes de l’Afrique ne doit pas être partielle et partiale. Elle doit être complète et s’étaler sur une longue période en tenant bien entendu compte des éléments ayant à un moment donné de son histoire, influencés le cours de son évolution. Il ne s’agit pas de regarder autour de soi et de constater les choses platement, il faut une réelle investigation, pénétrer les méandres de l’histoire Africaine pour en ressortir avec les causes de son mal et partant donc, des remèdes. Car il est difficile de soigner un mal qu’on méconnait ou dont on ignore la cause. Mais pour y arriver, il faut que l’Africain commence par se penser en toute indépendance. Il lui faut sortir de la minorité qui selon Kant est l’« incapacité de se servir de son entendement sans la direction d'autrui, minorité dont il est lui-même responsable, puisque la cause en réside non dans un défaut de l'entendement, mais dans un manque de décision et de courage de s'en servir sans la direction d'autrui »

Le refus de se penser…

L’Afrique aujourd’hui, est l’un des rares continents ou le refus de se penser est criard. Surtout quand il s’agit de se penser en toute indépendance, libéré des chaines mortifiantes de l’endoctrinement lié à notre histoire passée. Et cette obscurité autour de la pensée autonome, de l’engagement intellectuelle indépendante, plonge l’Afrique dans une forme de statisme, comme préoccupée par la gestion du quotidien et des problèmes conjoncturelles.

En effet, nous avons eu des penseurs africains, des hommes de grande vertu qui ont consacré leur vie à penser l’Afrique en toute indépendance, afin de tracer les sillons vers un avenir plus radieux et plus respectable. Mais ces hommes sont morts et leur combat reste ombre dans la mémoire des africains. L’appropriation des travaux de nos penseurs ne semble pas à l’ordre du jour. Et c’est cela le refus de penser et de se penser. Aujourd’hui, les débats intellectuels sur le continent africain, quand ils existent font rire, par la petitesse des thématiques et la faiblesse des arguments. Tout est superflu, manque de profondeur et d’honnêteté. Or ce n’est pas l’intelligence qui manque, loin s’en faut. Mais l’opportunité qu’ont les penseurs « non alignés » au pouvoir de s’exprimer et d’exprimer leur point de vue. Aujourd’hui, l’intellectuel est haï quand il dit des choses qui ne sont pas en droite ligne avec les idées des régimes en place. La liberté de penser autrement est un crime dans nos Etats. Ne pas intégrer des penseurs comme Doumbi fakoly, Lascony, JP Omotunde, Théophile Obenga etc…encore vivants, dans le dispositif de libération intellectuelle et culturelle de l’Afrique est un crime contre les Africains. Ne pas intégrer toute la bibliographie de Cheikh anta Diop, de Joseph Ki-Zerbo, de Kwamé Nkrumah etc… dans l’enseignement des jeunes africains, est un crime. Voilà autant de raison de penser que l’Afrique refuse de se penser.

Or comment une société peut-elle murir si elle ne se pense pas, ne se remet pas constamment en cause ?

Le recours au passé

Il y a encore aujourd’hui, des hommes qui confondent le recours au passé au retour dans le passé. Le premier est dynamique, tandis que le second est statique. Tous ceux qui aujourd’hui se réfèrent au passé africain, qui tente d’y aller puiser l’essentiel de ce qu’il faut pour inventer l’avenir à leur convenance, sont taxés de passéistes et de nostalgiques. Une vraie aberration. Si aujourd’hui, nous sommes contraints de faire l’histoire de l’Afrique, c’est justement parce que nous l’ignorons encore. Car l’histoire que nous avons apprise est soit erroné, soit incomplète. Or les même occidentaux aujourd’hui, peuvent remonter jusqu’en Grèce pour y puiser la source de leur philosophie, de leur science etc. Facilement, ils lisent Homère et le cite. Ils expliquent la vie en référence souvent à la mythologie grecque. Les juifs justifient l’occupation de la Palestine suite à une promesse faite au patriarche Abraham par leur Dieu Jéhovah. D’ailleurs, le Judaïsme n’est rien d’autre que la narration de l’histoire d’un peuple, de son rapport avec les autres peuples et avec leur Dieu. L’islam en faisant pareille. L’histoire du Bouddha est liée à la culture d’un peuple etc. La religion des peuples les replonge constamment dans leur histoire. Et tout cela semble normal. Quand les philosophes des lumières pour renaitre, vont sur les cendres de la Grèce, cela n’est pas une attitude passéiste. Mais quand un peuple, qui pendant des siècles, a vu son histoire falsifiée, que tous les efforts de ces ancêtres pour construire le continent africain, pour inventer des valeurs nobles pour les africains, ont été sapés et rangés dans le chao de l’histoire, et que l’Africain se retrouve désormais comme un monstre, tapi au quatrième sous-sol de la décrépitude humaine, les efforts des descendants de ces hommes braves pour déterrer ces valeurs du chao deviennent des attitudes passéistes.

Réinventer la roue…

Faut-il réinventer la roue? Faut-il que nous soyons là à chercher comment nous améliorer comme si nous tombons ex nihilo sur terre ? Nous avons des siècles d’existence, marquées par des succès et des échecs. Ces succès et échecs ont permis de fortifier ce que nous devons être. Nos ancêtres autour de la vallée du Nil ont conçu des modes d’existence en rapport avec leur réalité de l’époque. Ces modes d’existence ont évolué progressivement en fonction de facteurs exogènes comme endogènes. Le système d’organisation politique, économique, spirituel, etc. Quelles leçons devons-nous tirer de toutes ces expériences passées? Pour renaître, il faut renouer avec le passé. Car c’est sur les cendres du passé, que la renaissance est possible. Nous avons des penseurs, des hommes politiques, des sociologues dans nos villages qui vont tous mourir parce qu’ils n’ont pas eu « la chance » d’aller à l’école coloniale. Ils mourront alors avec la science des ancêtres. C’est aberrant de dire aujourd’hui que le sous-développement en Afrique est lié à l’analphabétisme des populations. Au Burkina on a d’après les statistiques près de 80% d’analphabètes. C’est-à-dire de personnes qui ne savent ni lire, ni écrire et qui ne comprennent pas le français. L’analphabétisme aurait pu être un problème, si c’était des français qui gouvernaient le Burkina. Mais ce sont des burkinabè qui gèrent le Burkina. Qui pour la plupart sont issu de cette société et qui ont été bercé par cette éducation. Combien de ceux qui dirigent le Burkina ont eu des parents scolarisés? Si moins de 10% des Burkinabès scolarisés, ne sont pas capables de se faire comprendre par les 80% des Burkinabè non scolarisé et d’où ils sont issus, cela signifie que la cause du sous-développement n’est pas le fait des 80% non scolarisés, mais plutôt des 20% scolarisés. Ce qui signifie que notre société ne reflète pas les hommes qu’elle secrète. Donc il y a rupture.

La mauvaise santé de notre société se ressent dans cette aliénation forte et criarde des africains. Les africains sont prompts aujourd’hui a épousé toutes les thèses, même quand elles s’opposent à leur épanouissement. Chaque Chrétien ou Musulman qui prie sait-il qu’il insulte la mémoire de ces ancêtres ? Car pour s’affirmer, ces religions (qui ont presque tout puisé chez nos ancêtres) devaient nous nier.

Bref, pour renaître, les africains doivent commencer par s’accepter et accepter ce qu’ils sont. Le recours au passé s’avère être la voie par excellence pour renouer avec notre histoire et surtout renforcer la confiance en soi. Car un peuple ne peut parvenir à quelque chose de grand, sans confiance en lui-même.

Piiga Souleymane (souleyman_niets@yahoo.fr)



03/04/2011
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