Analyses Critiques

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Pour une nouvelle ère monétaire !


Juste avant la deuxième guerre mondiale, la France crée une monnaie coloniale qu’elle baptise Franc des Colonies Françaises d’Afrique, qui sera officielle le 25 (26 ?) Décembre 1945. Cette monnaie détenue par 14 pays de l’Afrique (Ouest et Centre) était censée permettre de développer les pays qui l’utilisaient. Mais ce n’est pas le cas. D’ailleurs, cette monnaie apparait comme l’une des causes fondamentales du sous-développement des pays africains de cette zone franc.


Joseph Tchundjang Pouemi, économiste camerounais, mort de manière mystérieusedans une piscine en France ( ?), est sans doute le père de la lutte pour l’indépendancemonétaire en Afrique. Dans son livre écrit en 1979, Monnaie, servitude et liberté, il disait en substance que : « l’indépendance et la santé économique d’un pays, passent nécessairement par une monnaie et des finances bien gérés ». Pour lui, aucun pays ne peut prétendre à l’indépendance, même politique, s’il n’est pas capable de contrôler la gestion de sa monnaie, car c’est elle en dernier ressort qui permet d’assurer la santé économique des pays. Beaucoup d’économistes africains aujourd’hui défendent cette monnaie et ses principes. Par cet acte même, ils se décrédibilisent. Car cela supposeraient donc qu’ils ne sont pas capables eux, en tant qu’économistes, de réfléchir, de mettre en place les institutions nécessaires pour frapper monnaie, la gérer afin d’assurer la santé de leur économie.Les économistes français ne sont pas des extraterrestres pour estimer être les seuls à même de mettre en place un système capable de gérer notre monnaie ! (système d’ailleurs qui ne marchent pas puisque la monnaie a connu des dévaluations nombreuses depuis 1945). A quand la maturité des africains ?

L’avilissement monétaire des pays africains par la France

Pour garantir la monnaie africaine que 14 pays africains de la Zone Franc qui estiment ne pas être à même de gérer leur monnaie, la France, un seul pays, a pris un certain nombre de dispositions :

  1. La France contrôle la planche à billet. Pour éviter que ces pays infantilesne fabriquent de la monnaie n’importe comment, la planche à billet (machine qui fabrique les billets) se trouve en France dans une ville près de Clermont Ferrand. Le franc Cfa est une sous-monnaie du Franc Français hier, devenu Euro aujourd’hui. Donc créer du Franc Cfa, revient à créer de l’Euro. Or cela peut entrainer l’inflation. Ce que la France dans sa politique de monnaie forte ne veut pas.

 

  1. La France centralise les avoirs extérieurs des pays de la zone dans son trésor. Pour ne pas que ces pays ne la gaspillent. Et avec cet argent, elle compte garantir notre monnaie (c’est nous qui en dernier ressort garantissons notre monnaie : mais nos économistes ne semblent pas percevoir ce gros mensonge de la France). En retour, elle s’engage à combler les trous des pays africains. Mais attention, le montant qu’elle octroie ne peut pas dépasser 20% des recettes budgétaires des pays. Nicolas Agbohou, dans son livre le Franc Cfa et l’Euro contre l’Afrique, 1999, montre que nous avions en 2008,environ 8 000 milliards de Franc Cfa dans le trésor français, que la France utilise pour des placements sur le marché monétaire, à des taux d’intérêts juteux, et qu’elle nous renvoie sous forme de prêts, de dons, et nous disons « merci la France ». Or c’est notre argent qu’elle nous redonne autrement.
  2. La France contrôle nos banques centrales. La France fait partir du conseil d’administration (CA) de nos deux banques centrales (BCEAO-Afrique de l’Ouest et BEAC-Afrique Centrale et BCC-Comores).

-      A la BEAC : 13 administrateurs dont trois de la république française.

-      A la BCEAO : 18 administrateurs dont deux français.

-      A la BCC : 8 administrateurs dont 4 français.

 

Avant la réforme de 1973 : on avait BEAC (8 français+8 africains), BCEAO (7 français+14 africains).

 

Voyez comment subtilement la France contrôle nos banques :

Les statuts des trois banques centrales institutionnalisent le droit de regard de la France sur les banques centrales (et par conséquent sur les économies) africaines.

-      Dans les Comores, le CA « délibère valablement lorsque au moins six de ses membres sont présents ou représentés. Les délibérations doivent être adoptées par 5 au moins des membres représentés. » Donc, au moins un français doit être d’accord. Si la France s’oppose à une décision, elle pose son veto et rien ne bouge.

-      En Afrique centrale (BEAC), le CA « délibère valablement lorsque au moins un administrateur par Etat membre et un administrateur français sont présents ou représentés. » Il suffit que le français fasse la politique de la chaise vide et tout est bloqué.

-      En Afrique de l’ouest (BCEAO), les modifications de ses propres statuts « doivent recueillir l’unanimité des membres du CA ». Là, tout est clair.

Même la désignation des gouverneurs est assujettie à l’approbation de la France.

  3.      La France dévalue la monnaie quand elle le veut.

« Personne ne nous a dit de dévaluer de 50% dans les PMA, et de 25% dans les PRI. Nous avons été tous mis dans le même panier » Omar Bongo interview jeune Afrique n°1841 du 17-23 Avril 1996. P38. Cette interview de Omar est révélateur du caractère unilatéral des dévaluations en Afrique.

Dévaluations successivesdu Franc Cfa

 

Parité du Franc CFA
- Création du CFA : 25 décembre 1945
1 F CFA = 1,70 FF
- Dévaluation du Franc Français : 17 octobre 1948
1 F CFA = 2,00 FF
- Instauration du nouveau FF : 1958
1 F CFA = 0,02 FF
- Dévaluation du F CFA : 12 janvier 1994
1 F CFA = 0,01 FF

  1. Entre 1945 et 1958, le franc CFA était plus fort que le Franc Français. Cette politique qui rendait les exportations africaines hors France chères avait pour but d’isoler les pays africains, de les exclurent du commerce avec les autres pays.
  2. A partir de 1958, le Franc Français devient plus fort que le franc Cfa. La France quitte l’Afrique, suite aux luttes indépendantistes. Mais elle veut garder un contrôle sur les matières premières africaines. La dévaluation rend nos matières premières moins chères alors pour elle. En outre, la dévaluation de 1994 est liée aux difficultés que la France a connues en 1993, qui a entrainé la sortie de la grande Bretagne de l’Ecu. La France pour se relancer s’est rabattue sur ces colonies. Toutes les dévaluations faites par la France furent dans son intérêt.

A noter aussi que la dévaluation de 1994 fut de 100% et non de 50% comme veulent le faire croire ces illusionnistes.

 

Pour finir, nous disons que le Fcfa est une monnaie coloniale, qui non seulement ne nous permet pas de nous développer, mais son maintien renforce le paternalisme de la France sur les pays africains. Il faut aussi éviter l’infantilisation des économistes africains, car ces derniers sont capables de mettre en place des institutions et des mécanismes nécessaires pour gérer la monnaie et faire d’elle un outil puissant de développement des pays. N’attendez pas que les fonctionnaires de nos banques centrales changent cet état de fait : le gouverneur de la BEAC touche 30 millions de Franc CFA par mois, contre 9 millions de Francs cfa par mois pour celui de la BCEAO. Le vice-gouverneur de la BEAC touche 20 millions et celui de la BCEAO, 5 millions. Ce sont autant de millions de francs que l’on utilise pour le fonctionnement de ces institutions budgétivores qui jusqu’à nos jours, peinent à sortir les pays africains de la pauvreté.

Pour ouvrir une nouvelle ère monétaire, il faut que les économistes africains prennent sur eux la responsabilité d’assumer le destin économique de l’Afrique. Sans quoi, tout le travail des citoyens africains, par le truchement de la monnaie, iront dans le trésor français, pour améliorer les conditions de vie des français au détriment des africains !

 

 

Piiga Souleymane (souleyman_niets@yahoo.fr/ 78 16 80 03)

Sources :

  1. Joseph T. Pouemi, monnaie, servitude et liberté, 1979
  2. Nicolas Agbohou, Le franc Cfa et l’Euro contre l’Afrique, 1999
  3. jeune Afrique n°1841 du 17-23 Avril 1996. P38


07/10/2011
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