Analyses Critiques

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Le financement de l’économie

Pour qu’un pays puisse se développer, il faut un regain de l’activité économique. L’activité économique va générer des besoins en monnaie. Par exemple, lorsqu’une entreprise désire investir pour faire face à une expansion de son activité, elle devra utiliser davantage de monnaie. Elle s’adressera à sa banque qui lui octroiera un crédit. Lors de cette opération, la banque crée la monnaie nécessaire à l’entreprise. C’est même là l’essentiel de ce que l’on appelle la création monétaire. D’autres besoins en monnaie devront être satisfaits : ceux des ménages, ceux de l’Etat et ceux générés par les opérations effectuées avec l’étranger. On parle alors de financement « intermedié », dans la mesure où la banque est un intermédiaire entre les agents à besoin de financement et ceux à capacité de financement. Sur le marché monétaire et financier, les agents à besoin de financement peuvent emprunter directement le montant nécessaire à leur activité : on parle de financement « désintermedié ».

Dans l’UEMOA et au Burkina en particulier, le financement intermédié est le plus usité du fait du faible développement du marché financier et monétaire. Notre article va donc s’intéresser au financement bancaire de l’économie burkinabè. Nous essaierons de comprendre pourquoi les banques burkinabè financent faiblement l’économie du Burkina, disposant ainsi des dépôts oisifs au lieu de les rentabiliser. (Rapport 2008, BCEAO). Pour cela, nous tenterons de comprendre un certain nombre de concepts liés au fonctionnement des banques avant de jeter un regard sur la structure du système bancaire Burkinabè.

 

I. DE LA LIQUIDITE DES BANQUES

 

Un actif financier est dit liquide, lorsqu’il peut être rapidement échangé contre de la monnaie sans perdre de la valeur. On distingue deux types de liquidité : la liquidité de marché et la liquidité de financement. La liquidité de marché désigne la capacité d’une banque à négocier rapidement, sans délai et ni perte en capital, un actif non monétaire contre la liquidité ultime par excellence qui est la monnaie banque centrale. La liquidité de fonctionnement se réfère à la liquidité nécessaire pour honorer les demandes de retrait à court terme des contreparties, ou pour couvrir leurs opérations. Ainsi, une banque est dite liquide si elle dispose de disponibilités ou de possibilités de mobilisation rapide permettant de couvrir ses exigibilités suivant leur échéance durant une période donnée, souvent inferieure à 3 mois. Autrement dit, une banque est liquide si elle est capable de trouver de l’argent pour satisfaire les besoins des agents économiques à tout moment.

 

II. DU FONCTIONNEMENT D’UNE BANQUE

 

Une banque est un intermédiaire entre les agents à capacité de financement (riches) et ceux à besoin de financement (moins riches). La banque, comme toute entreprise, poursuit un objectif de rentabilité. Pour cela, lorsqu’elle reçoit les dépôts d’agents économiques, au lieu de les conserver comme réserves oisives et non rémunérées, elle va prêter une partie à l’économie (Etats, entreprises etc…). On dit alors que les dépôts font les crédits. Cet argent qu’elle va prêter lui rapportera un intérêt, qui représente le prix de l’argent prêté. Cependant, l’objectif de rentabilité ne doit pas lui faire perdre de vue, le fait qu’elle doit disposer des avoirs nécessaires pour honorer ses engagements vis-à-vis de ses clients. C’est- à- dire que si un client de la banque vient pour un retrait, elle doit être à même de lui trouver le montant demandé. Il y va de sa crédibilité. La banque, pour être, à l’abri, fera des réserves sur la base du taux moyen de retraits mensuels. Par exemple 30% des dépôts. Dès lors, elle peut prêter les 70% des dépôts disponibles et se faire des intérêts. On parlera de « gaspillage de liquidité » lorsque la banque au lieu de prêter l’argent, va conserver une certaine quantité de liquidité au-delà du nécessaire pour couvrir les besoins de ses clients. Une banque navigue toujours entre nécessité de prudence et objectif de rentabilité.

 

III. DU FINANCEMENT BANCAIRE AU BURKINA FASO

 

1. Situation bancaire au Burkina Faso

 

En 2008, le Burkina Faso comportait 17 établissements de crédits dont 12 banques et 5 établissements financiers. Le cumul du bilan de ces établissements s’établissait à 1 141 748 000 FCFA soit 11.2% de part de marché de l’UEMOA. Le Burkina dispose au total de 166 guichets (agences et bureaux), avec 5430237 comptes bancaires pour un effectif de 2 164 employés. Les crédits à la clientèle s’élèvent à 705 milliards de Franc Cfa en 2008. La grande partie de ces crédits a été accordée aux secteurs du commerce. Les crédits sont pour la plupart alloués au secteur tertiaire, au détriment de l’agriculture et de la pêche qui tirent généralement nos économies. En effet, le rapport 2008 de la commission bancaire de la BCEAO, montre que entre 2005 et 2008, en moyenne 45% du crédit était accordés au commerce, restaurants et hôtels contre 5% pour l’agriculture, sylviculture et la pêche au Burkina. Or ce dernier secteur contribue pour près de 40% en moyenne au PIB du Burkina. Les crédits à court terme représentent plus de 60% des crédits octroyés à l’économie.

 

2. Causes du sous-financement de l’économie burkinabè

 

Au Burkina Faso, à l’instar des pays membres de l’UEMOA, l’économie est sous-financée, alors que les banques sont, de manière générale, surliquides. Elles disposent de disponibilités au-delà de ce qui est nécessaire pour couvrir leur besoin courant. Mais comment se fait-il que les banques aient de l’argent en excédent alors que les entreprises et les agents économiques ont besoin de cet argent pour investir ? Pour comprendre ce paradoxe, nous explorerons les raisons en tenant compte des différents acteurs. 

 

Du point de vue des banques

Les banques préfèrent parfois détenir de la liquidité au lieu de la prêter pour des raisons qui sont entre autres :

 

1. Les dossiers de demande de financement déposés auprès des banques et établissements financiers recèlent de nombreuses insuffisances. Les dossiers sont mal montés.

2. Le mode de gestion des entreprises est caractérisé par un manque de rigueur. Aussi, certaines attitudes consistent à utiliser des emprunts à des fins autres que la satisfaction des besoins de la société bénéficiaire.

3. Le taux relativement élevé des créances en souffrance du système bancaire dans les pays de l’Union, renforce la réticence des banques à accorder de nouveaux concours.

4. Absence ou caractère peu fiable des états financiers

5. L’insuffisance d’apports personnels

6. etc. 

Du côté des entreprises

Les operateurs économiques ont déploré les conditions contraignantes de financement imposées par les banques. En effet :

1. Le niveau des taux d’intérêt appliqués est jugé très élevé par les entrepreneurs. Il est en moyenne de 14% au Burkina (et de 7% en France par exemple).

2. Les apports personnels demandés par les banques sont considérés comme très élevés. Ce qui rend inaccessibles les crédits bancaires. Ce qui empêche les jeunes promoteurs de développer des activités. En effet, les apports personnels exigés par les banques ont pour rôles de partager les risques entre les deux intervenants. Quand ils sont faibles, la quasi-totalité des risques est transférée chez le banquier.

3. La nature de garanties demandées par les banques est un frein au crédit à l’économie. Les garanties exigées sont généralement des garanties réelles (marchandises en magasin, immeubles…)

4. etc. 

Les problèmes liés à l’environnement des affaires

1. L’inadaptation des dispositions légales et règlementaires au contexte du pays cumulé à la mauvaise application de la loi constituent de véritables entraves au financement bancaire de l’économie. En effet, l’absence de magistrats formés dans le domaine du droit bancaire afin de juger les contentieux entre banques et clients freine l’octroi de crédits.

2. L’accumulation d’arriérés intérieurs de payement par les pouvoirs publics est également préjudiciable au développement du crédit. Et pour cause, cette situation ne permet pas aux entreprises de rembourser leurs prêts limitant ainsi la possibilité des banques à octroyer de nouveaux crédits.

3. etc.

 

Que retenir ?

Le Burkina Faso, comme la plupart des pays de l’UEMOA est confronté à un sous-financement de son économie. Cette situation, n’est pas forcement liée à une absence de liquidité des banques. Mais, plutôt liées au dysfonctionnement du système bancaire et de la nature de l’économie du pays. De part et d’autres, les arguments sont pertinents. La résultante de cette analyse, c’est que les autorités doivent faire des reformes importantes dans le système financier, dans la mise en place de dispositifs de financement qui rassure banques et clients, et surtout dans la restructuration de l’économie. Aussi, la répartition des crédits devra-t-elle tenir comptes des secteurs clefs de l’économie notamment l’investissement dans le développement de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage surtout.



18/11/2010
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