Analyses Critiques

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Le Rectificateur extrait

Adissa raccompagna la femme jusqu’au bord du goudron. Elle l’aida même à trouver un taxi, paya le trajet au taximan et promis de tenir informer la bonne dame. Elle avait noté un numéro de téléphone d’une voisine qui permettrait de joindre facilement, la bonne dame, la mère de Joseph.

Lorsqu’elle rejoignit son bureau, elle s’assit et fixa la place où s’était assise la mère de Joseph. Elle revit les traits de son visage, sa démarche difficile et hésitante, son regard lointain, hagard parfois et plein de tristesse, ses yeux rougis par les pleurs qui auraient certainement été le quotidien d’une vie sans espoir. Cette dame a-t-elle une fois connu le bonheur ? A-t-elle vraiment une fois ri sans peur, sans crainte d’un lendemain qui pesait par l’incertitude de sa réalisation sans heurts ?

Dans sa tête, les choses défilèrent et milles pensées l’envahirent. Elle savait ce que c’était que de perdre un être cher, qui plus est notre enfant. Elle se rappela de la mort de son époux, juste exécuté pour avoir été  son époux. Elle revoyait les larmes de la mère de son époux couler,  sa belle-mère se lamenter, car ayant perdu son fils, qui fut exécuté pour avoir été son époux. Elle savait ce que cela faisait de perdre quelqu’un de cher et de porter sur sa conscience la culpabilité de sa mort. Elle savait que sa société ne comprenait pas son métier, sa famille trouvait ses activités trop dangereuses pour être pratiquées par une femme. Ce qui était très triste et décevant pour elle.

Elle se rendait compte de l’ignorance de beaucoup de personnes dans son entourage. Beaucoup avaient perdu le fil de l’histoire de l’Afrique. Les Africains ne sont plus capables de faire la nuance entre leur culture vraie et les emprunts dus aux divers échanges avec d’autres cultures.

Elle s’indignait de voir que nombre d’Africains ne savaient pas que la femme avait toujours occupée une place importante dans la société. Que la femme avait toujours été respectée et écoutée ! Que la femme était parfois l’éminente grise de certaines sociétés ! Seulement, le contact avec les arabes et le christianisme qui sont deux véritables civilisations qui ont toujours reléguées la femme au second plan, avait fini par corrompre nos habitudes ?

Elle s’indignait de constater que les Africains se sont coupés de leur culture, sans raisons valables. C’était un état d’aliénation grandiose. Or le sous-développement de l’Afrique a un nom : le nihilisme des Africains. Camus ne disait-il pas et ce à juste titre que « le nihilisme n’est pas seulement désespoir et négation, mais surtout volonté de désespérer et de nier ?» Voilà ce à quoi les Africains sont confrontés sur le continent. Les Africains se nient toutes capacités, toutes vertus et croient que la vertu est extérieure à leurs mœurs et qu’il faut l’aller chercher ailleurs. Ce qui est le plus décevant, c’est que l’Afrique de par son histoire a montré qu’elle regorgeait des valeurs nobles qui méritaient d’être portées haut et surtout d’être dépassées pour être enrichies. Hélas, Adissa sentait cette volonté de nier ces valeurs Africaines par les Africains eux-mêmes. Beaucoup le sont par ignorance et d’autres par insolence et cupidité.

Quand on fait le boulot que fait une dame comme Adissa, l’on rencontre parfois des choses qui sont décevantes. L’on rencontre des personnes qui ne sont que l’ombre d’elles-mêmes et qui ne croient en rien. Et quand on fait ce genre de boulot, on finit par devenir impassible devant certaines situations et à se désoler parfois de l’existence. Adissa n’était ni pessimiste, ni optimiste. Elle était réaliste. Elle se battait pour créer l’espoir et l’optimisme. Car beaucoup de personnes ne croient pas en une possibilité pour le continent de sortir de sa misère, de se débarrasser de ses gouvernants vautours et voleurs. Désormais, elle constatait que tous ceux qu’elle approchait se battaient, juste, pour se sauver de l’Afrique et non pour sauver l’Afrique.

Le visage de la mère de Joseph reflétait cette triste réalité Africaine. Le désespoir, la souffrance qui se lit sur les visages et toujours cette facilité que la société avait d’estomper toute lueur d’espoir. Adissa était assise. 16h venait de sonner. Et elle avait le cœur tout retourné. Le combat qu’elle menait était un combat pour l’indépendance. L’indépendance pour elle, signifiait que l’homme accepte ce qu’il est et se batte constamment pour l’affirmer et s’affirmer. Etre indépendant, c’est vivre sa réalité dans les moindres détails, dans les moindres émotions.


Extrait de mon roman "Le rectificateur" pour lequel je cherche un éditeur



07/10/2010
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