Analyses Critiques

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La SCADD, un autre compromis avec la pauvreté ?

 

L’année 2011 commence avec tout en neuf au Burkina Faso ! Le gouvernement semble enfin sortir de sa léthargie pour proposer l’émergence au peuple Burkinabè. Il semble comprendre que le développement ne peut se faire sans le peuple. Le développement se fait avec et par le peuple. C’est pourquoi former la population est l’une des étapes importantes du développement. La former pour la rendre plus efficiente et surtout la motiver afin de l’orienter vers l’amélioration de la société dans laquelle elle évolue. Pour atteindre son émergence, le gouvernement décide de ne plus lutter contre une pauvreté qui ne fait que s’accroitre. Il faut viser le haut, donc l’émergence. Pour cela, le remède proposé : la SCADD (Stratégie de Croissance Accélérée pour le développement Durable). Que dit cette SCADD ?

 

La SCADD, confirmation de l’échec des politiques passées!

 

La configuration de la SCADD est très intéressante dans la mesure où elle met en exergue un diagnostic peu reluisant de la situation nationale (chose que les opposants reprennent souvent) à travers une paupérisation de la population et l’augmentation du chômage en dépit des mesures prises par le gouvernement. Si ce diagnostic avait été fait par l’opposition, on l’aurait taxé de pessimiste et d’Imprécatrice. Mais c’est le gouvernement lui-même qui le fait. Après avoir soutenu le CSLP comme voie par excellence vers la sortie de la pauvreté, le gouvernement reconnait aujourd’hui que le CSLP ne pouvait pas permettre de sortir de la misère et le constat est sans appel, « malgré la mise en œuvre du CSLP, la pauvreté persiste. » P.10. Et plus loin, elle appuie : « Il ressort en effet de l'évaluation indépendante de la mise en œuvre du CSLP que la période a été marquée par une croissance appréciable du PIB, mais qui n'a pas pris sa source dans les secteurs importants pour la lutte contre la pauvreté. » P.18. Qu’est ce à dire ? Le CSLP fut un Complot Sournois de Liquidation des Pauvres. Elle n’a pas permis de sortir de la pauvreté, au contraire, l’incidence de pauvreté s’est renforcée. « Pour des seuils de pauvreté égaux à 41 099 FCFA, 72 690 FCFA et 82 672 FCFA, l'incidence de la Pauvreté a été de 44,5 %, 45,3 % et 46,4 % respectivement, en 1994, 1998 et 2003. Le seuil de pauvreté est ainsi passé du simple au double entre 1994 et 2003, indiquant que le coût de la vie a fortement augmenté : il est devenu deux fois plus cher de satisfaire ses besoins essentiels en biens alimentaires et non alimentaires dans le pays. » P.17 Et pendant ce temps, ce même gouvernement nous affirme que les choses avancent dans ce pays. La croissance est un vain mot. John Maynard Keynes disait que si des hommes étaient payés à creuser un trou et payer pour le refermer, il y aurait croissance. La notion de croissance ne suffit donc pas pour soutenir que le niveau de vie s’améliore. Une économie stagnante. Il est admis qu’un développement durable ne peut être obtenu sans une modification profonde des structures de l’économie. Or l’économie Burkinabè stagne, malgré ses pseudos croissances. « Cette croissance (de 5.5% du PIB entre 2000 et 2009) n'a fondamentalement pas été sous-tendue par un changement de la structure de l'appareil productif du pays. Elle a été principalement tirée par le secteur tertiaire qui a représenté, depuis 2000, environ 45 % du PIB. » P.13. Cela signifie que depuis près de 10 ans, l’économie a connu de la croissance sans modification de la structure de l’économie. Cette croissance est naturellement fragile et ne peut être à même de porter le pays vers l’émergence que tous chante. Si en 10 ans, les structures de l’économie n’ont pas pu se modifier pour répondre aux besoins de développement, le pourrions-nous en 5 ans, temps trop court pour voir se modifier les structures de l’économie ? Aussi, « L'économie du pays demeure ainsi faiblement diversifiée et vulnérable aux chocs internes (aléas climatiques principalement) et externes (prix de l'énergie et volatilité des prix pour les produits alimentaires, volatilité des prix des produits de base, crises économiques et financières, évolution de l'aide au développement) » P.14. Non seulement, l’économie est très peu diversifiée, mais elle repose sur l’exportation de produits primaires avec une faible valeur ajoutée. « Plus de 80 % des exportations concernent les produits utilisés pour l'approvisionnement industriel. Ces produits sont principalement l'or non monétaire, les fibres de cotons, le coton égrené ainsi que les graines de sésame. Il s'agit donc principalement de matières premières non transformées dénotant d'une faiblesse du tissu industriel national ou de sa compétitivité. » P.16 Dans une telle situation, il est tout à fait naturel que « L'écart entre les exportations et les importations s'est régulièrement creusé entre 2000 et 2009. Alors que les exportations ont rarement franchi la valeur de 200 milliards de FCFA, les importations ont rapidement progressé, passant de 352 milliards en 2000 à plus de 976 milliards en 2009, soit une hausse annuelle moyenne d'environ 10 % depuis l'an 2000. Ainsi, le solde commercial déficitaire de 295 milliards FCFA en 2000 accusait en 2009 un déficit de l'ordre de 565 milliards de FCFA. » P 16. Cela signifie que nous dépensons pour importer plus que nous ne créons de richesses par nos exportations. Un déficit budgétaire n’est pas forcement mauvais. Dans le cas d’un pays en voie de développement, qui doit investir dans l’acquisition de biens de production, le déficit peut servir à la relance de l’économie dans le temps, à travers le retour sur investissement, s’il favorise une modification réelle des structures de l’économie afin de la rendre plus efficiente. Le déficit commercial dans le cas du Burkina est inefficient, dans la mesure où il ne se traduit pas par des investissements productifs qui en modifiant substantiellement la structure de l’économie, crée plus de valeurs ajoutées pour l’économie.

 

Mauvaise qualité de la société Burkinabè !

 

La société Burkinabè est de mauvaise qualité. C'est-à-dire qu’elle ne dispose pas des qualités nécessaires pour créer l’émergence. L’indice de développement humain est très faible. Et cette faiblesse est le fait de « l'existence de facteurs structurels autobloquants comme l'éducation, l'alphabétisation et la faiblesse de revenus monétaires » P. 20 Ensuite, « On observe que la société burkinabè est confrontée à une perte de ses valeurs identitaires et de sa culture, ce qui engendre une acculturation de plus en plus importante des jeunes générations intéressées par les valeurs exogènes. Cette perte causée par une faible offre de production et de diffusion culturelle et artistique destinée aux enfants et aux jeunes est aujourd'hui accélérée par les mass média, les industries du savoir et des loisirs, les technologies de l'information et de la communication (TIC). » P.24. Lorsque des hommes politiques commettent des actes immoraux et que l’on absout leur péché sous prétexte qu’ils se sont repentis, quand certains hommes politiques sans gêne, oublie leur habitation pour copuler en plein air, quand l’exhibitionnisme des petits riches frisent avec l’insulte, quand les cas de corruption et de détournements de fonds ne sont pas punis, que doit-on attendre de la population ?

 

Que retenir ?

 

Le diagnostic du Burkina Faso tel que présenté par la SCADD confirme ce que nous avons toujours affirmé. La critique de la politique du Burkina Faso est un devoir pour le citoyen qui doit en partie ce qu’il est grace à la société. Des choses sont faites dans ce pays, des politiques sont menées. Mais est ce là le plus important ? Non ! Le plus important réside dans les résultats que toutes les actions produisent. Or la SCADD est claire à ce niveau, les résultats ne sont pas reluisants. Car les actions en vue de la réduction de la pauvreté n’ont pas permis de résoudre les vrais problèmes du Burkina Faso. La pauvreté devient structurelle. Ce qui a donc pour conséquence de rendre la population plus pauvre, plus pessimiste, moins ambitieuse. Pour comprendre à quel point ce diagnostic est vrai, il suffit juste de faire un tour dans les différentes provinces du Burkina Faso. La plupart des infrastructures qui y sont, date de la révolution, l’enclavement des villes (par exemple, comment comprendre que Djibo- grand marché de bétail de l’Afrique de l’Ouest ne soit pas relié à Ouaga par le goudron ? De Bourzanga à Djibo, il n’ya pas de goudron et la voie est mauvaise), l’ensablement du Lac BAM sont autant d’éléments, parmi tant d’autres, que le diagnostic de la SCADD a mis en exergue, qui traduise la faiblesse de notre politique nationale de développement. Il est plus qu’urgent de résoudre les vrais problèmes du pays, au lieu de s’accrocher à une croissance du pays toujours en hausse tendancielle pour soutenir que les choses avancent. La croissance est un terme pour donner une idée de la performance de l’économie. Mais elle ne dit rien de l’amélioration de la qualité de vie des populations. Il faut donc un autre regard sur le modèle de développement pour le Burkina ! Mais que propose la SCADD contre ces maux ?



11/02/2011
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