Analyses Critiques

Analyses Critiques

Regard sur la note du gouvernement

 

 

Pour assurer le développement d’un pays, il faut naturellement éviter le pilotage à vue et se mettre dans une dynamique de projection, de prospective afin de suivre les indicateurs de développement. Cette méthode à l’avantage de permettre à l’Etat de rectifier le tir quand les choses ne vont pas dans le sens voulu et surtout de renforcer les acquis. En cela, la note du gouvernement qui éclaire l’opinion de la situation économique à mis parcours est une initiative fort bien appréciable.

De manière synthétique, la note a fait ressortir les performances de l’économie durant le semestre écoulé sur un certains nombre de secteurs.

  • Au niveau du secteur réel

La note explique que l’économie a connu une croissance de l’ordre de 5.5%, supérieure de 2.3 points à celle de 2009. Ce qui signifie que durant le semestre passé, le Burkina s’est enrichi de 169.4 milliards (3223,0-3053.6) par rapport à 2009. Et que cette croissance a été tirée par le secondaire et le tertiaire. Ce qui ne ressort pas de cette analyse, c’est de savoir la nature des entreprises qui tire cette croissance. En effet, si le secondaire tire la croissance, il faut rappeler qu’il comporte les industries manufacturières et les industries de construction (BTP par exemple). Si la croissance est tiré par les BTP, du fait des travaux entamés dans le cadre des préparatifs du cinquantenaire et autres, cela suppose que cette croissance ne saurait être étalé sur le long terme et donc pas durable. Or si le but des performances économiques vise le développement, la nécessité d’un taux de croissance en hausse tendancielle et continue sur le long terme est une condition nécessaire.

 

  • Au niveau des finances publiques et de la dette publique

 

Le Budget de l’Etat est déficitaire. C'est-à-dire que nos recettes n’arrivent pas à couvrir nos dépenses. Le déficit global de l’Etat s’est aggravé de 85.6 milliards. Cela est dû en parti selon le gouvernement à des dépenses exceptionnelles (non précisées dans la note) autorisées en 2009, par la loi de finance. En rappel, les recettes de l’Etat sont constituées des taxes et autres impôts que l’Etat peut collecter au cours de l’année. A ces recettes propres, l’Etat peut solliciter des emprunts auprès d’organismes internes ou étrangers pour réduire son déficit, ou aussi, il peut recevoir des dons et autres legs. Malgré ses emprunts, le budget n’est pas toujours équilibré. Le déficit peut signifier que l’Etat est dans une politique de relance économique basé sur l’acquisition de facteur de production. Si tel est le cas, c’est une bonne chose. Mais si ce déficit public est dû à une mauvaise gestion des fonds publics, alors la dette publique de l’Etat ira s’empirant. D’ailleurs, la note montre que l’encours de la dette a connu une hausse de 17% (1212.6 - 1036.4) durant la période. La note rassure que le Burkina sera à même de respecter la norme communautaire d’ici la fin de l’année. Heureusement, la note dit que le Burkina pourra faire face aux charges de la dette sans accumuler d’arriérés. Car l’UEMOA est clair à ce niveau, « interdiction de nouveaux arriérés et apurement des anciens arriérés ».

 

  • Au niveau des échanges extérieurs

 

Le Burkina vit au dessus de ses moyens. Sa balance des transactions courantes se détériorerait de  86.5 milliards de francs en 2010, par rapport à 2009. Selon la note, la balance commerciale s’est détériorée de 62.7 milliards. Ce qui veut dire que la valeur de nos exportations est inférieure à celle de nos importations. Ce que la note ne dit pas, c’est de savoir si cette détérioration est due à une baisse des exportations ou à une hausse des importations. Etc.

La situation extérieure du pays est préoccupante. En effet, le pays n’arrive pas à couvrir ses achats à l’étranger par ses ventes.  

 

  • Au niveau de la situation monétaire

De manière globale, la situation monétaire du pays est positive avec une augmentation des avoirs extérieurs nets (19%) et surtout une hausse du crédit à l’économie (17%). Normalement, la hausse du crédit est une bonne chose, car elle permet le financement de l’économie. Cependant, une connaissance de la répartition du crédit à l’économie aurait permis de savoir si cette hausse profite vraiment aux secteurs clefs. Car il faut remarquer que la plupart du temps, les crédits sont alloués au secteur tertiaire, au détriment de l’agriculture et de la pêche qui tire généralement nos économies. En effet, le rapport 2008 de la commission bancaire de la BCEAO, montre que entre 2005 et 2008, en moyenne 45% du crédit était accordés au commerce, restaurants et hôtels contre 5% pour l’agriculture, sylviculture et la pêche au Burkina. Or ce dernier secteur contribue à près de 40% en moyenne au PIB du Burkina.

 

En ce qui concerne les critères de convergences :

 

  1. Solde budgétaire de base : c’est un indicateur qui permet l’équilibre des finances publiques indépendamment de l’incidence de l’aide au développement. Il est déficitaire de 13.5% ; or la norme impose un solde ≥ 0. Le Burkina est loin de la norme communautaire.
  2. Taux d’inflation, le gouvernement ne donne pas le niveau de l’inflation actuel, mais il est établit d’après le rapport de l’uemoa à 4.8% en 2009. Ce qui suppose donc une inflation de 4.6% en fin juin 2010 (4.8 - 0.2). La norme communautaire est ≤ 3%. Ce qui signifie que l’Etat devra faire baisser l’inflation de 1.6 points.
  3. Le ratio des dépenses d’investissements sur  ressources internes rapporté aux recettes fiscales est de 31.4%, augmentation de 0.5 point par rapport à 2009. Ce ratio est supérieur à la norme qui est ≤ 20%.
  4. Le déficit extérieur hors dons : il se situe à 10.1% du PIB nominal. Il a connu une détérioration de 0.9 point par rapport à 2009 (10.1 - 9.2). la norme communautaire voudrait que ce solde soit ≥ -5%. Mais le Burkina se trouve à -10.1%.
  5. Le taux de pression fiscale : la note du gouvernement ne donne pas de chiffres. Ce qui rend impossible l’appréciation des efforts consentis à ce niveau et de vérifier si la norme communautaire est respectée (le solde doit être ≥17%).

Sur les  5 critères de convergences, tout rang confondu, le Burkina n’a pu respecter qu’un seul. Mais le gouvernement reste optimiste quand à sa capacité à respecter certains critères d’ici à fin 2010.

 

Que retenir ?

 

Le tableau peint par la lettre du gouvernement nous permet de constater de manière quantitative les performances de l’économie. Celle-ci est caractérisée par des déficits tant au niveau des finances publics, des échanges extérieurs et aussi de l’aggravation de l’encours de la dette. Néanmoins, il faut reconnaitre avec la lettre que des efforts sont faits au niveau de la croissance et du crédit à l’économie qui ont connu une hausse durant le 1er semestre 2010.

Cependant, cette lecture ne permet pas de saisir l’état de santé réel de l’économie. Une analyse qualitative de ces indicateurs risque de ne pas saisir la santé réelle de l’économie de manière complète. En effet, les indicateurs mis en exergue ne permettent de se faire une idée du degré de développement du pays, si tel est le but de tous les efforts faits. Des indicateurs comme le taux d’épargne national en pourcentage du PIB nominal (permettant de savoir si l’épargne collecté peut permettre de soutenir durablement l’investissement), le niveau d’emploi, le niveau d’accumulation des facteurs de production etc. ne sont pas mentionnés.

Nous estimons que le but du gouvernement n’est pas de réaliser des performances, mais plutôt d’atteindre un stade de développement. Pour cela, en fonction de l’objectif de croissance ciblée, des niveaux d’indicateurs sont déterminés. Ce qui fait qu’une évaluation à mis parcours devra permettre de voir si les performances obtenus permettront d’atteindre l’objectif de croissance visé. Malheureusement, la note du gouvernement pêche par l’impossibilité de saisir les efforts faits et les efforts à faire pour atteindre l’objectif visé. Pour l’avenir, la note gagnerait à être plus précise sur certains points et surtout mettre en exergue des indicateurs pertinents et poser dès le départ les niveaux d’indicateurs à atteindre.

 



15/11/2010
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