Analyses Critiques

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UNE ORGANISATION QUI EXCLUT L'ECONOMIE DE SUBSISTANCE

C'est d'abord la division du travail, et son corollaire l'échange, qui caractérisaient le système socio-économique négro-africain précolonial et pré traite qui infirment le point de vue des africanistes eurocentristes : les activités économiques négro-africaines pré traite et pré coloniales étaient organisées sur la base du système de caste qui caractérisait alors toute la structure sociale négro-africaine comme l'a si bien montré Cheikh Anta Diop [1]. S'étant appuyé sur l'exemple du Sénégal et de Kmtw (Egypte Antique), Cheikh Anta Diop montra que dans l'Afrique kmt précoloniale et pré traite, la société était structurée en castes que l'on pouvait distinguer en une catégorie supérieure et en une catégorie inférieure. La caste supérieure regroupait les agriculteurs et le souverain. La supériorité de cette caste provenait sans doute de ce que l'agriculture, dans le monde négro-africain, était considérée comme une activité sacrée. Ici, la terre était une divinité, symbole de fécondité, de régénération et source de vie ; elle s'identifiait à la Mère de l'humanité [2]Cette divinisation de la terre impliquait d'ailleurs qu'elle ne pouvait faire l'objet d'une appropriation privée : elle ne se vendait pas, ne se troquait pas, ne se gageait pas, ne se partageait pas ; elle demeurait une propriété sociale collective. On peut alors observer face aux raccourcis rapides que prennent souvent les africanistes eurocentristes et certains lettrés négro-africains aliénés, que le régime économique féodal, tel que connu en Europe pré capitaliste, et qui reposait entre autres sur une appropriation privée de la terre, ne pouvait exister en Afrique noire pré coloniale. Traiter dans ces conditions les rois négro-africains de cette période de chefs féodaux ne peut que relever soit de la pure ignorance, soit de la malhonnêteté. Revenons à l'organisation socio-économique pour souligner que la seconde grande catégorie de caste fut celle des autres professions et corps de métiers. Elle se scindait en diverses sous-castes correspondant aux diverses professions : forgerons, cordonniers, orfèvres, tisserands... Cette organisation selon le système de caste impliquait l'hérédité des professions qui recouvrait un sens mystique selon lequel un individu, même s'il assimilait toute la technique et la science liées à une profession qui n'était pas celle de sa famille, ne saurait l'exercer efficacement parce que ses ancêtres n'en avaient pas passé le contrat initial avec la divinité qui l'avait communiquée à l'humanité [3].

Ce système de caste était en outre assortie d'un certain nombre de règles et principes moraux qui assurait la stabilité de la structure sociale. Au rang de ces règles et principes, il faut d'abord mentionner l'association effective des ressortissants de toutes les castes au pouvoir, y compris les représentants des esclaves, pour aboutir selon Cheikh Anta Diop à des monarchies constitutionnelles gouvernées par des conseils de ministres issus des diverses castes, conseils où figuraient donc tous les représentants authentiques du peuple [4].Il faut ensuite mentionner le principe selon lequel les membres d'une caste supérieure ne devaient pas exploiter matériellement ceux d'une caste inférieure qu'ils étaient tenus d'assister à tous les points de vue.

Cheikh Anta Diop observait à ce propos : « même s'ils - entendu les individus de castes supérieures - sont moins riches, ils doivent donner si un homme de caste inférieure s'adresse à eux. En échange, ce dernier doit leur céder le pas sur le plan social (op.cit. p.12) ». Il en était ainsi car « dans la conception africaine de l'honneur, ce ne sont pas les hommes de rang inférieur qui doivent être exploités s'il y a lieu, mais les égaux sociaux, surtout quand ceux-ci ne sont pas matériellement forts pour se défendre (op.cit, P.15) ». Pour cela, c'étaient les paysans qui supportaient, dans l'Afrique kmt pré coloniale, l'essentiel des charges fiscales, le roi faisant partie lui-même de la caste supérieure des agriculteurs. On comprend dès lors pourquoi Samir Amin pouvait qualifier le système économique pré colonial africain de mode de production tributaire où une classe dirigeante monopolise les fonctions d'organisation politique de la société et perçoit un tribut sur les communautés rurales.

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19/03/2010
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