Analyses Critiques

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MECANISME D’APPAUVRISSEMENT DES AFRICAINS : LA DETTE

Aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, le continent Africain n’a de valeur pour le monde entier qu’en tant que réserve de bras valides, de matières premières et de ressources  énergétiques. Les pays Africains aujourd’hui subissent les revers d’une politique orchestrée par les banques et les gouvernements du Nord. Ce sont notamment l’endettement des pays pauvres autours des années 70-80, de la mise en place du CFA (UEMOA, CMAC et Comores), sans compter cette domination politique étrangère sans cesse pesante sur l’évolution de nos politiques nationales.

Beaucoup de personnes estiment que c’est trop facile d’accuser les autres des malheurs qui frappent l’Afrique. Mais ils oublient surtout que la responsabilité des uns et des autres dans la misère du continent est une réalité. Aussi, il faut reconnaitre que l’Etat en Afrique, ce n’est pas le peuple. Pour citer F. Nietzsche « l’Etat c’est le plus froid des montres froids, il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « moi l’Etat je suis le peuple », c’est un mensonge ». Juste pour dire que les populations africaines sont victimes de chefs d’Etats Africains loin des africains et plus proches des pillards des richesses africaines. Et qu’il faut éviter de confondre les Africains des dirigeants africains illégitimes, que nous ne reconnaissons pas.

Pour cette analyse, nous nous pencherons brièvement sur le système d’endettement des pays du Sud, ce qui a modifié de façon substantielle la politique de ces pays.

ORIGINE DE LA DETTE DES PED

Recyclage des eurodollars dans les années 1960

L’endettement des pays du Sud par les banques du nord a débuté bien avant la crise de 1982. Elle a commencé depuis les années 1960 ; avec notamment le recyclage des eurodollars (dollars détenus en compte par des banques non résidentes aux Etats-Unis). Certaines banques en dehors des Etats-Unis, principalement en Europe offrait des crédits en dollars à des taux compétitifs et aussi ont accepté des dépôts libellés en dollars dans des conditions intéressantes. La conséquence en est que ces banques sont devenues surliquides. Elles avaient un excédent de liquidités qu’elles devaient prêter. Ainsi commençait la première campagne d’endettement des PED.

Outre le recyclage des eurodollars, deux facteurs liés au choc pétrolier de 1973 ont accéléré l’endettement des PED.

Recyclage des pétrodollars 1973

Le premier choc pétrolier de 1973 s’est caractérisé par un accroissement du prix du baril de pétrole décidé par le cartel des pays du Sud producteur de pétrole. Cela aura comme conséquences :

Primo, la majeure partie des surplus de revenus engrangés par les pays producteurs de pétrole a été transféré par les gouvernements du SUD vers les banques du nord.  Cela a augmenté la surliquidité des banques qui ont cherché, de manière encore plus offensive qu’à la fin des années 1960- débuts des années 1970, à placer des prêts auprès des pays du Sud.

Secundo, les pays du sud non producteurs de pétrole ont été affectés par  l’augmentation de leur facture pétrolière. Celle-ci a entrainé un déficit de leur balance commerciale. Pour la combler, ils ont été forcés de procéder à des emprunts sur les marchés financiers du Nord.

De cette analyse, la responsabilité des banques du Nord apparait clairement.

LA RESPONSABILITE DES BANQUES DU NORD

Devant la surliquidité des banques du Nord, elles se sont lancées dans une politique de prêts de plus en plus audacieuse (risquée), notamment aux pays du tiers monde. Les pays du tiers-monde se sont habitués à une situation où les banquiers leur « offraient » des crédits à des taux très bas (entre 3% et 8% par an jusqu’en 1978). Décompte fait de l’inflation, les taux d’intérêts réels étaient proches de zéro, voire négatifs. Une bonne affaire pour les emprunteurs. A l’époque, les représentants des banques du nord faisaient la file pour réussir à placer des prêts, tous plus avantageux les uns que les autres. Au moment de l’éclatement de la crise en 1982, on ne recensait pas moins de  500 banques créancières du Mexique et plus de 800 pour le brésil.

DES PRETS POUR QUOI FAIRE ?

Tous ces prêts fonctionnaient dans une logique d’ensemble : connecter plus fortement les pays de la Périphérie (Tiers monde + ex-bloc soviétique) au marché mondial, les tourner davantage vers les exportations. Cela a impliqué l’abandon de cultures vivrières locales ou de projets industriels tournés vers la satisfaction des besoins du marché intérieur des pays du Sud ou vers l’exportation de produits à haute valeur ajoutée susceptible  de concurrencer les économies du Nord. Il visait aussi à développer la spécialisation d’un pays dans la production de quelques produits d’exportation. Les pays les moins avancés au sein du tiers monde ont été les plus vulnérables et ils se sont fortement spécialisés, augmentant ainsi leur dépendance.

C’est pourquoi le Burkina Faso va se spécialiser dans la production de coton, dont il dépend fortement, délaissant les cultures vivrières. il va aussi connaitre une « désindustrialisation » du pays.

En poussant les pays du Sud à se tourner davantage vers les exportations de matières premières ou de produits manufacturés de base, le Nord les a mis en concurrence, ce qui ne pouvait à court terme qu’aboutir à une pression vers le bas du prix des produits qu’ils exportaient. La conséquence ne pouvaient être, à terme, qu’une diminution de leur revenu d’exportation et surtout une dégradation des termes de  l’échange.

A QUOI CES PRETS ONT-ILS VRAIMENT SERVIS ?

Ces prêts devaient servir à combler les déficits budgétaires des PED, de rembourser des dettes déjà contractées, à financer des projets.

Malheureusement, une partie importante des prêts accordés a été utilisée par les gouvernants pour leur enrichissement personnel. Devant cette situation connue des banques du nord, aucune n’a daigné lever le petit doigt.

Par exemple, la dette extérieure publique des pays de l’Afrique subsaharienne en 2007 étaient de 130 milliards de dollars, tandis que les montants des dépôts des riches de ces mêmes pays dans les banques du Nord s’élevaient à 230 milliards de dollars (presque le double). La fortune de Mobutu était évaluée à 8 milliards de dollars en 1997 alors que la dette extérieure du zaïre s’élevait à environ 12 milliards de dollars la même année.

DES REMBOURSEMENTS INTERMINABLES

Les PED non seulement sont contraints de se spécialiser dans quelques produits d’exportation, se détournant des produits vivriers et de l’industrialisation, mais ils sont aussi contraint de rembourser une dette odieuse qui ne fait que croitre. Le stock de la dette extérieure des PED en 1970 étaient de 70 milliards de dollars. En 2007, cette dette est passée à 3360 (soit 48 fois le stock en 1970). Le montant des remboursements entre 1980 et 2007 s’élève 7 150 milliards de dollars (équivalent à 102 fois le stock en 1970). Qu’est ce à dire ? les PED ont remboursé l’équivalent de 102 fois ce qu’ils devaient en 1970, mais entre temps leur dette a été multiplié par 48. Les PED utilisent en moyenne 38% de leur budget au service de la dette.

Pour le cas des pays de l’UEMOA par exemple, non seulement ils doivent disposer de moyens financiers pour payer leurs dettes, mais 50% de leurs avoirs extérieurs     (devant leur permettre de payer leur dette) sont déposés au trésor français. Et on veut se développer dans ces conditions. Ce ne sera certainement pas ces petits projets  épars qui le permettront, c’est certain.

QUE RETENIR

Après 50 ans d’indépendance (même si nous savons que c’est un leurre), il est clair que nos responsables politiques ont fait des choix politiques et économiques qui ne sont pas favorables à l’éclosion d’une économie forte, capable d’impulser une dynamique sociale telle que les populations arrivent à s’affirmer.

La dette odieuse qui a été savamment orchestré par les banques du Nord, avec la complicité des gouvernants africains de l’époque a hypothéqué l’avenir de plusieurs générations d’Africains. A l’aube des cinquantenaires à venir, il est primordial de repenser sans complaisance les accords économiques de l’aube des indépendances et surtout de fixer les responsabilités des uns et des autres dans l’endettement des Pays Africains. Les PED ont été endetté afin de les rendre dépendant des économies du Nord, de les détourner de l’industrialisation de leur économie.

 

Il est plus que primordial de faire des choix de politiques économiques axées sur l’homme et d’affirmer haut et fort avec Thomas Sankara que « nous ne pouvons pas payer la dette. Car si nous ne la payons pas, les créanciers ne mourront pas ; par contre c’est nous qui mourrons, si nous payons la dette ».   

 

 Souleymane YAMEOGO, souleyman_niets@yahoo.fr

 

Sources 

  1. Les Chiffres des dettes, 2009, CADTM
  2. La finance contre les peuples, Eric Toussaint 2004
  3. 60 questions, 60 réponses sur la dette, le FMI et la banque mondiale, Damien Millet, Eric Toussaint.2008


24/09/2010
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